Et rien d’autre – James Salter

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Portrait glacial de la société mondaine américaine.

J’étais un peu perplexe à propos de ce livre, encensé par la critique.

Il s’agit en réalité de la fresque de la vie d’un homme, Philip Bowman, officier de guerre rentrant à New York, à la recherche d’un foyer et de l’amour. Travaillant dans une maison d’édition, Bowman fréquente le beau monde New Yorkais. On suit peu à peu son évolution dans cette société mondaine, et nombreuses sont les déceptions qui jonchent son chemin. Autant il bénéficie d’une vie professionnelle épanouie, autant ses relations personnelles sont souffrantes. Après un échec marital, les femmes seront toutes synonymes d’affliction.

C’est une image assez bien renvoyée de la société riche américaine, mais pas en soit un sujet qui me captive. De plus, le nombre de personnages ayant une importance relative est bien trop important à mon goût, on se perd un peu parmi tous ces portraits, pourtant assez bien dessinés. Le fil de l’histoire en pâtit sensiblement, d’autant plus que le livre exprime une certaine banalité. Il ne s’agit pas d’aventures, mais de vieillir calmement et sereinement, de trouver un foyer et quelqu’un avec qui le partager. Cette recherche donne au livre une tonalité assez uniforme, où aucun événement ne prend le pas sur l’autre. De plus, les femmes sont cantonnées à un rôle assez désagréable, où la recherche du mariage et de l’argent prend le pas sur les autres désirs. Sûrement est-ce le reflet de la société décrite, mais c’est une image qui me dérange un peu. Le milieu intellectuel qui domine fortement chez les hommes est très peu présent chez les caractères féminins (à quelques rares exceptions prêtes).

Le style de Salter est assez surprenant de prime abord, c’était pour moi une première approche, n’étant pas du tout familiarisée avec l’auteur. Mais les phrases courtes, et parfois interrompues, ainsi que les chapitres parfois aléatoires, donnent l’impression d’un journal de souvenirs ici, où les moments collectés sont ceux que la mémoire à emmagasiné. Certaines phrases sont pour moi, tout simplement mal formulées mais je ne saurais dire s’il s’agit de la traduction ou de l’original, ce qui laisse entrevoir tout de même une distance assez considérable entre l’écrivain et son oeuvre.
Sur la fin, j’ai trouvé que tout cela se déliait un peu, et la lecture était un peu plus agréable au fur et à mesure que le nœud se défaisait, et qui aboutit sur une fin ouverte assez jolie, « offrons nous un moment extraordinaire ».

Et c’est de ça qu’il s’agit, de moments, figés dans le temps, du temps qui passe sans que l’on s’en aperçoive. Et c’est là que réside toute la beauté du roman, cette réflexion sur la temporalité, malgré la froideur qui s’émane des pages.